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Métamorphoses d’une politique impériale


United States : inventing demons

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Le Monde Diplomatique – mars 2003 – pages 16-17

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Le Monde diplomatique - March 2003

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CRISE MONDIALE AUTOUR DE L’IRAK

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GLOBAL CRISIS OVER IRAQ

3.

Métamorphoses d’une politique impériale

3.

United States : inventing demons

4.

Pour certains intellectuels néoconservateurs, parfois issus du Parti démocrate, la mobilisation « patriotique » a toujours joué un rôle important de cohésion sociale. Avec les années 1970 et la « détente », ces faucons se sont donc inquiétés de la moindre réduction des tensions internationales. Depuis le 11 septembre 2001, tout va bien pour eux...

4.

There is a coalition of the radical right in the United States, including the odd Democrat, that has long held that patriotic mobilisation is important in holding American society together. When detente broke out in the 1970s, these hawks worried about any reduction in international tension, however slight. Since 11 September 2001 they have had no more worries.

5.

Par PHILIP S. GOLUB

5.

By PHILIP S GOLUB (Translated by Barbara Wilson)

6.

Cela fait plus d’un quart de siècle que la droite néoconservatrice américaine tente, avec plus ou moins de succès, d’asseoir son hégémonie idéologique et politique aux Etats-Unis. Longtemps contrarié par le jeu démocratique et les résistances de la société, ce projet est sur le point d’aboutir grâce, d’abord, à la victoire électorale contestée de M. George W. Bush en 2000, puis au désastre du 11 septembre 2001 qui a transfiguré un président accidentel en César américain. Depuis, M. Bush est devenu le vecteur d’une politique reposant sur l’unilatéralisme, la mobilisation permanente et la guerre préventive.

6.

THE neo-conservative right has been attempting, with varying success, to establish itself as the dominant ideological force in the United States for more than 25 years, especially in the definition of foreign policy. Long thwarted by democratic process and public resistance to the national security state, it is now on the brink of success, thanks to George Bush’s disputed electoral victory in 2000, and to 11 September 2001, which transformed an accidental president into an American Caesar. President Bush has become the neocon vehicle for a policy that is based on unilateralism, permanent mobilisation and “preventive war”.

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La guerre et la militarisation n’auraient pas été possibles sans les événements du 11 septembre, car ils ont fait basculer les équilibres institutionnels en faveur de la « nouvelle droite ». Cependant, d’autres réponses, moins déstabilisantes pour le système mondial, auraient pu être envisagées : par exemple, un renforcement effectif de la coopération multilatérale pour endiguer la menace, conjugué à une politique de réduction des tensions et de résolution des conflits dans les zones à risques, notamment au Proche-Orient. Ou encore un effort de développement régional modelé sur le plan Marshall, qui aurait favorisé les forces démocratiques locales et dont les effets keynésiens sur l’économie américaine et mondiale auraient pu être autrement dynamisants que ceux de la guerre.

7.

War and militarisation would have been impossible without 11 September, which tipped the institutional balance in favour of the new right. There were other possible responses that would have had a less destabilising effect on the world. One would have been to strengthen multilateral cooperation to contain the stateless trans-national terrorist threat, and seek to reduce tensions and resolve conflicts in areas at risk, notably the Middle East. Another would have been Keynesian-style regional development on Marshall Plan lines. This would have encouraged local forces for democracy, and would undoubtedly have been more effective than war in stimulating the US and global economies.

8.

Comme on le sait, ce ne furent pas les voies empruntées. Au contraire, l’administration Bush a laissé pourrir le conflit israélo-palestinien, lancé une mobilisation militaire de très grande ampleur et opté pour la guerre préventive comme moyen de « gouvernance » globale. Au-delà des raisons de circonstance - saisir l’opportunité stratégique pour « reconfigurer » le Proche-Orient et le golfe Arabo-Persique -, ce choix reflète une ambition impériale plus vaste. Comme le souligne M. Anatol Lieven, du Carnegie Endowment de Washington DC, « promu de façon constante depuis l’effondrement de l’URSS au début des années 1990 par un groupe d’intellectuels proche de MM. Dick Cheney et Richard Perle, le plan de l’administration Bush vise la domination unilatérale du monde à travers la supériorité militaire absolue ».

8.

As we know, neither course was followed. Instead, the Bush administration has allowed the Israeli-Palestinian conflict to fester, mobilised massively, and opted for “preventive war” as a means of policing the planet. Apart from such opportunist motives as seizing the strategic chance to redraw the map of the Middle East and the Persian Gulf, this choice reflects much more far-reaching imperial ambitions. In the words of Anatol Lieven of the Carnegie Endowment in Washington, “the basic and generally agreed plan is unilateral world domin ation through absolute superiority, and this has been consistently advocated and worked on by the group of intellectuals close to Dick Cheney and Richard Perle since the collapse of the Soviet Union in the early 1990s”.

9.

Rendu possible par l’unipolarité acquise en 1991, ce projet remonte en fait aux années 1970. Car c’est alors que fut formée la coalition des extrêmes désormais aux commandes de l’Etat. Son programme politique : unifier la société par la guerre et la mobilisation permanente, et assurer la suprématie stratégique globale des Etats-Unis.

9.

This authoritarian project became feasible in the unipolar world after 1991, when the US got a monopoly on the use of force in interstate relations. But it was conceived in the 1970s, when the extremist coalition now in control was first formed. The aim is to unite the nation and secure US strategic supremacy worldwide. The instruments are war and permanent mobilisation, both requiring the constant identification of new enemies and the establishment of a strong national security state, which is independent of society.

10.

Aujourd’hui pleinement apparent, ce projet autoritaire, requérant la définition incessante d’un ennemi et la mise en place d’un Etat fort autonomisé de la société, était déjà manifeste au milieu des années 1970, lorsque la droite radicale a sabordé la politique de détente Est-Ouest. Il s’est précisé dans les années 1980 quand le même groupe d’acteurs a engagé la plus vaste mobilisation militaire que les Etats-Unis aient connue en temps de paix, et au début des années 1990 lorsque les néoconservateurs ont élaboré la doctrine dite de primauté.

10.

This project is now obvious, but it was already apparent in the mid-1970s, when the radical right sabotaged the new East-West detente. It took shape during the 1980s, when the same players ordered the biggest peacetime mobilisation ever, and in the early 1990s, when the neo-conservatives worked out the doctrine of US primacy.

11.

La démolition de la politique de détente Est-Ouest fut le moment fondateur. En réponse à la révolte de la société contre l’Etat de sécurité nationale, il y eut, vers le milieu des années 1970, une convergence entre la droite radicale du Parti républicain emmenée par M. Ronald Reagan, des éléments revanchards de l’appareil de sécurité nationale, meurtris par la défaite au Vietnam, et les néoconservateurs démocrates issus de l’aile anticommuniste dure de ce parti. Décidée à rétablir l’autorité de l’Etat et le consensus national de guerre froide, et à restaurer la suprématie stratégique du pays, cette coalition a mené une action politique et idéologique méthodique pour enterrer la détente.

11.

The demolition of East-West detente in the mid-1970s was a crucial moment in this process. In response to the broad popular revolt against the national security state and widespread cultural changes in US society, the radical right wing of the Republican party, led by Ronald Reagan, joined forces with elements in the national security apparatus bent on revenge for the humiliating defeat in Vietnam, and neo- conservative Democrats from the hardline anti-communist wing of the party. This coalition was determined to restore the state’s authority and the national cold-war consensus, and to re-establish US strategic supremacy, and it conducted a political and ideological campaign to bury detente.

12.

Elle a dénoncé la politique « réaliste » de M. Henry Kissinger et de Richard Nixon qui marquait, à ses yeux, un périlleux affadissement de la volonté collective américaine, et proposé une mobilisation militaire de grande ampleur et une stratégie offensive destinée à faire plier le régime soviétique. Il s’agissait de passer de l’endiguement et de la coexistence à des « mesures actives ». Comme le souligne M. Kissinger lui-même, « alors que les premiers acteurs de la guerre froide s’étaient contentés de l’endiguement pour obtenir des changements [du système soviétique] , leurs successeurs promettaient des changements significatifs grâce à une pression directe américaine ».

12.

The campaign was directed at the realistic balance of power policy that was being pursued by Henry Kissinger and Richard Nixon, which in the coalition’s view represented a dangerous weakening of the collective US will. Rather than detente, the radical right coalition advocated massive mobilisation and a strategic offensive to roll back the Soviet regime. Containment and armed coexistence, the two pillars of George Kennan’s cold war strategy, were to be abandoned in favour of active measures designed to induce a collapse of the Soviet system. As Kissinger once said, “whereas the early cold warriors had been content to rely on containment to bring this change about in the fullness of time, their successors were promising significant changes in the Soviet system as the result of direct American pressure”.

13.

M. Richard Perle, un des éléments conservateurs les plus influents de l’actuelle administration, le reconnaît avec franchise : « Il fallait montrer que la détente ne pouvait pas marcher, et rétablir des objectifs de victoire . » Facilitée dans son entreprise par la chute ignominieuse de Richard Nixon et par l’ascension de M. Gerald Ford, président faible et sans envergure, la droite radicale a réussi à s’imposer en quelques années.

13.

Richard Perle, one of the most influential neoconservatives in the current administration and an early critic of detente, is quite open about it : “We had to show that detente could not work and re-establish objectives of victory”. Helped by Nixon’s ignominious downfall and the accession of Gerald Ford, who became a weak and un impressive president, the radical right rapidly consolidated its position.

14.

Pour ranimer la volonté de vaincre des Américains et neutraliser les partisans de la coexistence armée (qui, faut-il le rappeler, n’étaient pas des « colombes »), elle a falsifié les données, exagéré la menace et calomnié les individus et les institutions pouvant la contrarier, en particulier le département d’Etat et la CIA. En 1974, Albert Wohlstetter, de la Rand, père spirituel du courant néoconservateur et beau-père de M. Perle, lançait la première phase de l’offensive en « accusant la CIA de systématiquement sous-estimer les déploiements de missiles soviétiques » . Dans la foulée, les « conservateurs ont lancé un assaut concerté (6) », relayé par le ministre de la défense de l’époque, M. Donald Rumsfeld, par son protégé, M. Richard Cheney, alors chef d’état-major du président Ford, et par un groupe consultatif de renseignement stratégique rattaché à la Maison Blanche, le President’s Foreign Intelligence Advisory Board (PFIAB).

14.

To revive America’s will to win and neutralise the advocates of armed coexistence (who were hardly doves themselves), they rigged data, exaggerated the threat, and abused individuals or institutions that dared to contradict them. The State Department and the CIA were favourite targets. In 1974 Albert Wohlstetter of the Rand Corporation, father-in-law of Richard Perle and guiding spirit of the neo-conservative movement, fired the first shot. “He accused the CIA of systematically underestimating Soviet missile deployment, and conservatives began a concerted attack”, led by the then defence secretary, Donald Rumsfeld, his protégé Richard Cheney, Ford’s chief of staff at the time, and by the president’s foreign intelligence advisory board (PFIAB).

15.

Cette campagne devait aboutir à la création, le 26 mai 1976, de « Team B » (Equipe B), un organisme extérieur d’« experts » chargés par le nouveau directeur de la CIA, M. George H. Bush, de faire une contre-évaluation de la menace soviétique. Cette mise en compétition de la CIA et de ses contempteurs (de droite - personne à gauche n’a été sollicité) était d’autant plus étonnante que le prédécesseur de M. Bush à la CIA, William Colby, avait repoussé une initiative similaire en 1975, au motif qu’il lui était « difficile de concevoir comment un groupe ad hoc "indépendant" d’analystes (...) pourrait préparer une évaluation des capacités stratégiques soviétiques plus exhaustive que celle de la communauté de renseignement » .

15.

One key result was the establishment, on 26 May 1976, of Team B, a group of outside experts commissioned by the new director of central intelligence, George Bush Senior, to produce competitive assessments of the Soviet threat. This move to force the CIA to compete with its denigrators (on the right - nobody on the left was asked) was all the more surprising in that Bush’s predecessor at the CIA, William Colby, had rejected a similar initiative in 1975. It was, Colby said, hard “to envisage how an ad hoc independent group of analysts could prepare a more thorough, comprehensive assessment of Soviet strategic capabilities than could the intelligence community”.

16.

Dirigée par le soviétologue Richard Pipes, père du publiciste néoconservateur Daniel Pipes (voir page suivante) , « Team B », qui comptait parmi ses membres éminents l’actuel vice-ministre de la défense, M. Paul Wolfowitz, allait produire, comme l’a démontré Anne Hessing Cahn, une série de rapports catastrophistes, pures constructions idéologiques sans fondement empirique.

16.

Team B was headed by Richard Pipes, an “expert” on Soviet affairs and father of neo-conservative publicist Daniel Pipes, and its members included Paul Wolfowitz, now deputy defence secretary, and other eminent cold warriors drawn from PFIAB and the committee on the present danger (CPD). As Anne Hessing Cahn has shown, Team B produced a series of ideological reports with no basis in fact that inflated the Soviet threat.

17.

Critiquant les analystes de la CIA et visant à travers eux la politique de détente, le groupe de M. Pipes affirmait : « Les estimations nationales du renseignement [de la CIA] sont remplies de jugements sans fondement sur les intentions soviétiques. C’est cette pratique qui est la cause des sous-estimations récurrentes quant à l’intensité, l’étendue et la menace implicite que représente la mobilisation stratégique soviétique . »

17.

The Pipes team was sharply critical of CIA analysts and the whole policy of detente. Its report stated that “the national intelligence estimates [of the CIA] are filled with unsupported and questionable judgments about what it is that the Soviet government wants and intends. It is this practice that has caused recurrent under-estimations of the intensity, scope and implicit threat of the Soviet strategic build-up.”

18.

« Team B » se piquait de connaître les véritables intentions soviétiques : « Les théories politiques et militaires russes et soviétiques sont distinctement offensives (...) . Leur idéal, formulé par un commandant russe du XVIIIe siècle, le maréchal A. V. Suvorov ,est la science de la conquête. » En d’autres termes, les Soviétiques, armés de missiles nucléaires intercontinentaux et d’une culture stratégique clausewitzienne privilégiant l’offensive, non seulement étaient en mesure de lancer une frappe préventive contre les Etats-Unis, mais encore auraient été culturellement enclins à le faire.

18.

Team B prided itself on knowing the real truth about Soviet intentions : “Russian, and especially Soviet political and military theories are distinctly offensive in character. Their ideal is the science of conquest formulated by the 18th century Russian commander, Field Marshal AV Suvorov”. The Soviet leadership, armed with intercontinental nuclear missiles and filled with Clausewitzian ideas about the merits of adopting an offensive strategy, was not only capable of launching a pre-emptive nuclear strike on the US but was culturally predisposed to do so.

19.

Ces généralisations absurdes émaillées de contrevérités - les dépenses militaires soviétiques avaient commencé de ralentir à partir de 1975, avec un taux de croissance estimé à 1,3 % par an entre 1975 et 1985 - ont été purement et simplement fabriquées afin de faire basculer les équilibres institutionnels américains.

19.

These absurd generalisations, punctuated with outright lies - Soviet military expenditure had passed its peak by 1975, with an estimated annual growth rate of 1.3% between 1975 and 1985 - were simply invented to tip the institutional balance in the US.

20.

Selon M. Howard Stoertz, à l’époque responsable à la CIA des analyses sur l’URSS, l’opération « Team B » de M. George Bush père « fut un désastre absolu pour la CIA ». Mais il fut un succès important pour la droite radicale et joua un rôle décisif dans l’abandon de la détente en 1976, date à laquelle ce mot disparut du vocabulaire officiel. Lors de l’élection présidentielle de 1976, M. Ronald Reagan (qui perdit, d’extrême justesse, les primaires républicaines l’opposant au président sortant Gerald Ford) reprenait à son compte la logomachie de « Team B » : « Cette nation est passée numéro deux dans un monde où il est dangereux, peut-être même fatal, d’être second. »

20.

According to Howard Stoertz, the CIA official responsible for USSR analyses, Bush’s Team B exercise “was an absolute disaster for the CIA”. But it was an important success for the radical right and was crucial to the decision to abandon detente in 1976, when the term was banished from official use. Reagan himself adopted Team B-style termin ology during the 1976 presidential elections (in which the outgoing president, Ford, defeated him by a narrow margin in the Republican primaries) : “This nation has become number two in a world where it is dangerous, if not fatal, to be second best.”

21.

Comme on le sait, l’inventeur de l’expression « empire du mal » allait, quelques années plus tard, poursuivre sur cette lancée, intégrant dans son équipe les figures emblématiques de l’époque Ford, et d’abord MM. Perle et Wolfowitz, commençant un vaste effort de défense et relançant les opérations clandestines de grande envergure arrêtées après la défaite au Vietnam, notamment en Afghanistan et en Amérique centrale.

21.

As we know, a few years later Reagan, the man who coined the phrase “evil empire” (or at least his speechwriters did), took up where Ford left off. His team included key figures from the Ford era, headed by Perle and Wolfowitz. He embarked on a vast defence mobilisation programme and resumed, notably in Afghanistan and Central America, the wide-ranging clandestine operations that had ended after the defeat in Vietnam.

22.

En mars 1983, M.Ronald Reagan remettait en question l’architecture de sécurité nucléaire globale instituée par l’administration Nixon et fondée sur le traité antibalistique de 1971 (ABM). Il le faisait en lançant l’initiative de défense stratégique (SDI ou IDS), programme de recherche et de développement visant la création d’un bouclier antibalistique terrestre et spatial. Dans le même temps, la Maison Blanche lançait des opérations de renseignement offensives autour de l’URSS et dans son espace aérien, des « provocations politiques majeures » , selon les termes d’un analyste de la CIA, destinées à mettre en évidence les vulnérabilités des systèmes de défense soviétiques.

22.

In March 1983 President Reagan called into question the global nuclear architecture established by the Nixon administration and embodied in the 1971 anti-ballistic missile treaty by launching the strategic defence initiative [“Star Wars”], a research and development programme designed to create a terrestrial and space-based anti-ballistic shield over the US landmass. At the same time, the White House ordered a series of offensive intelligence operations within the Soviet Union and across Soviet airspace. These “major political provocations”, to quote a CIA analyst, were designed to show up any weaknesses in the Soviet early warning defence systems.

23.

La fin de la guerre froide en 1991 allait consacrer la suprématie stratégique américaine, octroyant aux Etats-Unis un monopole de fait du recours à la violence dans les relations interétatiques. Mais, simultanément, la chute de l’URSS faisait disparaître la raison d’être de l’Etat de sécurité nationale, dissolvant le sens que seul procure un ennemi mortel. Comme l’écrivent deux chercheurs nord-américains, « on aurait pu penser que les néoconservateurs se seraient réjouis de la mort de leur ennemi » .

23.

The end of the cold war in 1991 confirmed US strategic supremacy and gave Washington a de facto monopoly on the use of force in international relations. But the collapse of the Soviet Union simultaneously removed the only justification for the national security state : a mortal enemy. As two North American observers put it : “One would think that neo-conservatives are happy about the death of their old enemy.”

24.

Ce ne fut pas exactement le cas. Hantés par le spectre de la démobilisation nationale et « préoccupés avant tout par la légitimité politique et culturelle du régime américain », ils recherchèrent un nouveau « démon (...) capable d’unifier et d’inspirer le peuple (...) . Un ennemi à combattre qui rappellerait à ce dernier le sens et la vulnérabilité de sa culture et de sa société ».

24.

Not so. Haunted by the spectre of national demobilisation, the neo-conservatives “worry about the cultural and political legitimacy of the American regime more than anything else”, and search for a new “demon which can unite and inspire the American people - an enemy to fight, so that they can be reminded of the meaningfulness and precariousness of their culture and polity”).

25.

La guerre du Golfe de 1991 et la substitution des « Etats voyous » à l’URSS comme adversaire stratégique global autorisèrent la remobilisation nationale et permirent la préservation et l’extension de l’archipel militaire planétaire des Etats-Unis. Cette guerre, selon M. Cheney, alors secrétaire à la défense, représentait la « préfiguration du genre de conflit que nous pourrions connaître dans la nouvelle ère (...) . Outre l’Asie du Sud-Ouest, nous avons des intérêts importants en Europe, en Asie, dans le Pacifique et en Amérique latine et centrale. Nous devons configurer nos politiques et nos forces de telle sorte qu’elles dissuadent ou permettent de vaincre rapidement de semblables menaces régionales futures ».

25.

The 1991 Gulf war and the discovery of a new global strategic adversary, “rogue states”, to replace the Soviet Union, were reasons enough to remobilise, and to maintain and extend the global military archipelago of the US. For Cheney, then defence secretary, that war presaged “very much the type of conflict we are most likely to confront again in this new era. In addition to southwest Asia, we have important interests in Europe, Asia, the Pacific, and Central and Latin America. We must configure our policies and our forces to effectively deter, or quickly defeat, such future regional threats”.

26.

Quelques mois plus tard, MM. Wolfowitz et Lewis Libby, actuels vice-ministre de la défense et conseiller de M. Cheney pour les affaires de sécurité, élaboraient le Defense Policy Guidance 1992-1994 (DPG), document du Pentagone qui préconisait « d’empêcher toute puissance hostile de dominer des régions dont les ressources lui permettraient d’accéder au statut de grande puissance » , de « décourager les pays industrialisés avancés de toute tentative visant à défier notre leadership ou à renverser l’ordre politique et économique établi » , et « de prévenir l’émergence future de tout concurrent global »

26.

A few months later, Paul Wolfowitz and I Lewis Libby, now deputy defence secretary and security adviser to Richard Cheney respectively, drafted the Pentagon paper, Defense Policy Guidance 1992-1994 (DPG), which recommended “preventing a hostile power from dominating regions whose resources would allow it to attain great power status, discouraging attempts by the advanced industrial nations to challenge US leadership or upset the established political and economic order, and precluding the emergence of any potential future global competitor”.

27.

En transmuant après le 11 septembre 2001 la lutte contre des réseaux terroristes transnationaux en guerre contre « l’axe du mal », l’administration Bush actuelle ne fait que poursuivre un projet politique et stratégique défini dans les années 1970 puis réadapté au début des années 1990 pour l’après-guerre froide. La doctrine de guerre préventive officialisée en septembre 2002 marque certes une rupture avec la doctrine d’endiguement et de dissuasion poursuivie avec constance par l’Etat américain. Mais elle s’inscrit dans la continuité de cette volonté persistante de la droite radicale, nationaliste et néoconservatrice américaine d’asseoir son pouvoir par la guerre.

27.

In the aftermath of 11 September, the Bush administration turned the campaign against terrorist networks into a war against the “axis of evil”. In so doing, it was simply pursuing a stra tegic and political policy defined in the 1970s and revised in the early 1990s to meet the needs of the post-cold war era. The doctrine of pre-emptive strikes, officially adopted in September 2002, certainly breaks with the policy of containment and deterrence the US had consistently pursued. But it is in line with the unwavering determination of the radical, nationalist and neo-conservative American right to wage war to establish its authority.

28.

Comme l’a dit M. William Kristol, idéologue néoconservateur et fondateur du Project for a New American Century (« Projet pour un nouveau siècle américain »), « c’est toujours un bon signe quand le peuple américain est prêt à faire la guerre »

28.

As William Kristol, neo-conservative theoretician, and founder of the Project for the New American Century, once said : “It is a positive sign when the American people are prepared to go to war”.

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