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Fruits et légumes au goût amer


France : Apples of discord

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Le Monde Diplomatique – avril 2003 – page 6

1.

Le Monde diplomatique - April 2003

2.

VOYAGE AU PAYS DES HOMMES INVISIBLES

2.

IMMIGRANT SEASONAL LABOURERS EXPLOITED AND ATTACKED

3.

Fruits et légumes au goût amer

3.

France : apples of discord

4.

Par PATRICK HERMAN, journaliste

4.

By PATRICK HERMAN (Translated by Gulliver Cragg)

5.

Guilhermino Armando dos Santos Sousa ne reverra jamais les collines qui entourent Porto. Il marche, ce soir du dimanche 24 septembre 2000, le long de la départementale n° 4, à la sortie de Dabisse, commune des Mées (Alpes-de-Haute-Provence). Comme le font chaque année des centaines de Portugais, il est venu ramasser les pommes et rentre au domaine, poussant le vélo acheté au vide-grenier du village. Un cadeau pour une de ses deux filles restées au pays. Entend-il, à ce moment, le bruit d’un moteur emballé dans son dos ? Nul ne le saura jamais. Ses compagnons ont plongé dans le fossé. Guilhermino n’a pas eu le temps. Fauché par la voiture sur le talus, il mourra peu après à l’hôpital de Manosque.

5.

GUILHERMINO Armando dos Santos Sousa will never see home in the hills around Oporto again. On Sunday evening, 24 September 2000, he was walking along a back road just outside Dabisse, near Les Més in the Alpes de Haute-Provence in southeast France. He had come, as hundreds of Portuguese do every year, to pick apples, and was heading back to the farm, pushing a bike he had bought at the village car boot sale, a present for one of his two daughters back home. A car came from behind. His companions dived into the ditch for safety. Guilhermino did not make it in time. The car knocked him over and he died soon afterwards in hospital in nearby Manosque.

6.

A bord du véhicule, deux hommes qui, avec deux autres protagonistes, avaient, quelques instants plus tôt, provoqué les Portugais buvant un verre au café du village : « Les Portugais, ils nous bouffent trop d’air. J’ai envie d’en tuer (1). » Après quelques échanges de coups, ces hommes seront reconduits à leur voiture par les gendarmes arrivés sur les lieux. Etrange manière de rétablir l’ordre pour ces représentants de la force publique qui ne manquaient pas de motifs pour boucler les perturbateurs : incitation à la haine raciale, menaces de mort, conduite en état d’ivresse... Il est vrai que l’un des agresseurs est le fils d’un gendarme à la retraite. Rapidement retrouvé malgré sa fuite, le conducteur, M. Thierry Hameau, est interpellé, ainsi que ses complices.

6.

In the car were four men who had been taunting Portuguese drinking in the village café : “The Portuguese breathe too much of our air. I’d like to kill them” (1). After an exchange of blows, the four men had been led to their car by gendarmes, which semed an odd way for law and order officers to behave - since there was no shortage of legitimate reasons for arresting the men, including incitement to racial hatred, death threats or simply drunken driving. The car’s driver, Thierry Hameau, tried to run away after the roadside incident but was tracked down and called in for questioning.

7.

Chez les Portugais, le traumatisme est violent : certains repartent dès le lendemain. Choqués, beaucoup d’habitants du village organisent une collecte pour la famille, et une association (2) voit le jour avec l’appui de Radio Zinzine (3). Elle va avoir fort à faire : une fois l’émotion passée, l’omerta villageoise regagne du terrain et des témoins refusent de confirmer leurs premières déclarations. L’affaire pourrait être traitée comme un simple accident et jugée en correctionnelle. Le conducteur n’a-t-il pas été remis en liberté au début de 2001, avant d’être réincarcéré à la suite de la colère soulevée par cette décision et de l’appel interjeté par le parquet ? La loi du silence arrivera-t-elle à gommer le caractère raciste du crime ?

7.

The death shocked the Portuguese workers, and some left the next day. A group of French villagers organised a collection for the family of the dead man and a charity was started (2) with the support of Radio Zinzine (3). But once the initial emotion had passed, village omertà clamped down and witnesses refused to confirm earlier declarations. The death was treated as an accident, and the driver was freed in 2001, only to be jailed again because of the anger the decision to free him had provoked. There was also an appeal against his release.

8.

Septembre 2002 : la Durance n’a pas perdu son éclat, sous un ciel récuré par l’omniprésent mistral. Venu du Maroc il y a trente ans, Rachid (4) connaît bien les grands domaines, véritables usines à pommes. La voiture roule au pas sur les chemins longeant les vergers dont les filets antigrêle brillent à perte de vue au soleil du soir. Lorsque nous croisons un véhicule, Rachid s’applatit au sol de peur d’être reconnu. Semaines interminables, heures supplémentaires souvent impayées, travail à forfait converti en heures sur les feuilles de paie et qui fait du smic un salaire maximum, ancienneté et qualification aux oubliettes... il égrène son quotidien sur ces territoires où les saisonniers sont logés dans des hangars, à côté des entrepôts, au coeur des plantations. Des territoires où l’on ne pénètre pas. Bien peu se risqueraient à protester contre leurs conditions d’hébergement. « Les travailleurs immigrés dans l’agriculture sont malléables et corvéables à merci », observe un rapport paru en 1996 (5). Rien de nouveau sous le soleil de Provence : « Un immigré, c’est essentiellement une force de travail (...) provisoire, en transit (...) donc révocable à tout moment (6). »

8.

SEPTEMBER 2002. Rashid (4) is in a car with us driving near the Durance river, shining under a sky swept by the mistral. He came from Morocco 30 years ago, and knows these huge “apple- factory” farms well. The car crawls along paths between the orchards, whose anti-hail nets shimmer in the evening sun. When we pass another vehicle, he ducks to the floor for fear of being recognised. He works long weeks, with overtime frequently going unpaid because of a system that converts a fixed salary into hours on payslips, making the minimum wage the most that can be hoped for, with nothing more for age or qualifications. He scrapes a living from these lands where the seasonal workers live in hangars, next to the warehouses at the heart of the orchards, places nobody goes. Few workers risk protesting against their housing conditions. “Immigrant agricultural workers can be manipulated and forced at will,” notes a report published in 1996 (5). “An immigrant is basically a part of the workforce that is provisional, transitory and can be dismissed at any time” (6).

9.

Un autre père de famille raconte son recrutement comme ouvrier forestier en 1974 : « Des Français sont venus à Kenifra, au Maroc. Ils ont fait faire des épreuves de force : une chaîne reliée à un compteur. Si tu fais moins de 140, fini... Si tu fais plus, c’est bon. J’ai fait 185 (...) . Il y avait 1 000 ou 2 000 candidats pour entrer en France. Ils en ont sélectionné 186, juste en regardant leurs mains. Il en est resté 32 après la "chaîne"... (7) » En val de Durance, les Portugais ont succédé aux Espagnols et, tandis que les immigrants des pays de l’Est prennent la route du Portugal (8), les Marocains commencent maintenant à concurrencer ici les Portugais... Une concurrence de la pauvreté qui permet à bien des employeurs de s’affranchir du droit du travail.

9.

Another man remembers his recruitment as a forest labourer in 1974 : “Some French people came to Kenifra, in Morocco. They set strength tests : a chain connected to a counter. You scored less than 140, not a chance. You scored more, you’re cool. I scored 185. There were 1,000 or 2,000 applicants to get into France. They chose 186, just by looking at their hands ; 32 of these were left after the chain” (7). In the Durance valley Portuguese workers replaced the Spaniards ; now immigrants from eastern Europe head for Portugal (8), while Moroccans compete with the Portuguese in France : this is a rivalry among the poor that has allowed employers to abolish the workers’ rights.

10.

De Forcalquier à Gap, une quasi-monoculture de la pomme est née après la construction du barrage de Serre-Ponçon et le début de l’irrigation. Ce système de production intensif et spécialisé est assis sur une main-d’oeuvre abondante, sous-payée et disponible en permanence pour de courtes périodes ; il se maintient, perfusé par des aides multiples : investissement, arrosage, retrait, arrachage et... replantation !

10.

A near-monoculture of apples growing from Forcalquier to Gap began after the building of the Serre-Ponçon dam brought irrigation. This system of intensive, specialised production relies on a workforce that is abundant, underpaid and permanently available for short-term work : the system maintains itself, with the help of aid programmes for investment, watering, harvest and replanting.

11.

A deux heures de route, la plaine de la Crau s’étale au pied des Alpilles. Longtemps pratiqué, l’élevage ovin a sombré dans le cycle bien connu de crises succédant à des restructurations. Quant au maraîchage, il a perdu sa prime à la précocité détenue désormais par les producteurs espagnols. A la fin des années 1980, la polyculture a vécu, laissant la place à l’arboriculture intensive et à la culture en serres. Dans les Bouches-du-Rhône, le système d’emploi agricole se recompose avec le recours massif aux travailleurs immigrés, dans le cadre des contrats contrôlés par l’Office des migrations internationales, qui donne l’autorisation d’embaucher à l’étranger un ouvrier saisonnier. Ces contrats dits « contrats OMI », qui ne concernent que le Maroc, la Tunisie, la Pologne (9), donnent lieu à toute sorte de trafics (lire Discriminations légales ).

11.

Two hours down the road from the apples, the Crau plain stretches out at the foot of the Alpilles. A long tradition of sheep-raising here has suffered from a familiar pattern of restructuring followed by crises. The local market gardening has lost out to Spanish producers’ speedier production methods. By the end of the 1980s polyculture was finished and gave way to intensive arboriculture and cultivation in greenhouses. In the Bouches-du-Rhône, this transformed the structure of agricultural employment, with massive recourse to immigrant workers under a system of contracts controlled by the Office of International Migrations (OMI), which gives permission to sign seasonal workers abroad. These OMI contracts apply to workers from Morocco, Tunisia and Poland (9) and allow many illegalities (see Life without rights).

12.

Rapidement, les Marocains fournissent les gros bataillons des saisonniers. Habitués à de dures conditions de vie, ils vont désormais disparaître, engloutis dans ce triangle des Bermudes social qui va de Berre à Châteaurenard et Saint-Martin-de-Crau, devenus fantômes dans cette plaine où les chemins qui se croisent ne portent même pas de pancarte...

12.

The Moroccans soon formed battalions of seasonal workers. Used to harsh living conditions, they disappeared into the social Bermuda triangle between the towns of Berre, Chateaurenard and Saint-Martin-de-Grau, as ghosts of the plain and its unmarked paths.

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Comme l’écrit Jean-Pierre Berlan, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) : « L’ouvrier agricole, quand il n’a pas de bonnes raisons de passer inaperçu parce qu’il est clandestin, est un homme discret, caché au milieu des vergers, enfermé dans les serres, dissimulé par les haies brise-vent, le dos à peine visible au milieu des vignes (10). »

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Jean-Pierre Berlan, researcher at the National Institute of Agronomical Research, wrote : “Even when not obliged by illegal status to keep a low profile, the agricultural labourer is a discreet character, shut inside the greenhouses, hidden behind the windbreaks, or just showing a glimpse of his back through the vines” (10).

14.

Cette invisibilité, Fatima l’a connue dix ans durant. L’enfermement dans le silence aussi. « Mon premier contrat date de 1990, se souvient-elle, et jusqu’en 2000, j’ai travaillé huit mois chez un gros producteur de pêches. Mon père y travaillait depuis longtemps, et mon frère également. J’ai été embauchée, sans savoir le travail que j’allais faire, par un intermédiaire, au Maroc, qu’il a fallu payer. » Quasi recluse au mas, Fatima n’a pas le droit de parler aux voisins. « On me répétait : si tu dis quelque chose, vous restez tous au Maroc . » Quand elle décide de se marier les patrons renâclent - elle sera moins disponible -, avant d’accepter, mais à condition qu’elle n’ait pas d’enfant...

14.

Fatima has known this invisibility for 10 years, and what enforced silence means. “My first contract was in 1990 and until 2000 I worked eight months a year for a big peach producer. My father had been working there for some time, and so had my brother. I was taken on, without knowing what work I would do, by an intermediary in Morocco. I had to pay the intermediary.” Confined to the farm, working not as an agricultural labourer but as a servant, Fatima was not allowed to speak to the neighbours : “They would tell me that if you say anything you’ll all go back to Morocco.” Her bosses baulked at the idea of her getting married - it would make her less available- but eventually agreed on condition that she had no children.

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Les années passent et à chaque renouvellement de contrat Fatima et son mari doivent payer 5 000 francs (762 euros). Les heures de travail s’enchaînent sur ce mas où les Marocains n’ont pas droit à la pause... jusqu’à l’accident du travail. Devant le refus du patron de la déclarer, Fatima s’aperçoit de la fraude : les « contrats OMI » ne concernent que les emplois agricoles, alors qu’elle est employée de maison depuis dix ans. Travaillant de 6 heures du matin à minuit, elle est même « prêtée » dans la famille ou le voisinage. Cette fois-ci, c’en est trop : soutenue par le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) et par la CGT, Fatima porte plainte aux prud’hommes et perd dans la foulée travail, logement, ressources, alors que son mari est à son tour victime d’un accident du travail ! Elle vit suspendue au renouvellement d’une autorisation provisoire de séjour qui, jusqu’à récemment, ne l’autorisait pas à travailler...

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The years have gone by and Fatima and her husband have to pay $800 each time they renew their contract. The working hours pile up on this farm, where the Moroccans are not allowed breaks, until they suffer accidents. When her boss refused to “declare” her, Fatima understood the fraud. OMI contracts only cover agricultural employment, but she had been working as a household servant for a decade, from six in the morning until midnight. She was “lent out” as a servant within the family, or the neighbourhood. Backed by the Movement Against Racism and for Friendship Between Peoples, and by the CGT trade union, Fatima brought charges and thereby lost her job, her accommodation and her resources. Meanwhile, her husband suffered an accident at work. She is now in limbo, waiting for the renewal of her provisional leave to remain, which until recently did not allow her to work.

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La nuit est tombée. Haies de cyprès qui s’alignent, villages déserts, et la lumière blanche d’un néon dans cette salle où attendent quatre ouvriers marocains. Une question, une seule, dans leur bouche : pourquoi, eux qui disposent de contrats saisonniers depuis si longtemps, n’ont-ils pas droit à une carte de séjour ? Puis ils témoignent du patron qui ponctionne les salaires, du travail par 50 degrés sous des serres où flottent les pesticides pulvérisés sans protection... « Dans ma chambre, explique l’un d’eux, l’évacuation des toilettes et des douches traverse comme un ruisseau. Si j’avais la carte de séjour, je ne resterais pas un jour de plus. Ici, il faut travailler et obéir. »

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IN A LANDSCAPE of deserted villages linked by long rows of cypresses there is a single room under neon light, where four Moroccan workers are waiting for us. They all have the same question : why, after working legally on seasonal contracts for so long, are they not allowed a residence permit ? They talk about their bosses paring their salaries down, or about having to work, unprotected, in overheated greenhouses with the air full of pesticide powder. “The waste from the toilets and showers streams across my bedroom floor,” says one. “If I had a residence permit, I wouldn’t stay a day longer. Here you have to work and obey.”

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Tous les agriculteurs ne pressurent pas ainsi leurs salariés et certains mettent un point d’honneur à les traiter dignement et à les loger correctement. Mais violence et discrimination sont bien la règle sur de trop nombreux domaines, encourageant tous les débordements dans l’espace public : Dabisse et son crime raciste, Oraison et la région d’Aix avec ces Maghrébins retrouvés morts le long des routes ; Châteaurenard et ses environs où des jeunes, bien alcoolisés, se livraient à des ratonnades, appelées le « jeu de la portière »...

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Not all farmers pressurise their workers this way and some make it a point of honour to treat them with dignity and house them decently. But on too many farms violence and discrimination are the norm, and that helps to create the atmosphere that leads to racist crimes : to Moroccans found dead on roadsides in Oraison and around Aix-en-Provence ; or to the disturbances in the Chateaurenard area where drunk youths go Arab-bashing, which they call “playing gate-keeper”.

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Violence d’un côté, peur de l’autre : tout est en place pour que perdure un système de production agricole intensif. « Dans ce schéma, le racisme joue un rôle absolument structurant, explique Jean-Pierre Berlan. Il est nécessaire de scinder le marché du travail par des méthodes diverses, dont le racisme (11). » Ainsi coexistent détenteurs d’une carte de séjour, « contrats OMI » et clandestins. Statuts différents, mais même peur pour tous : être licencié, voir son contrat non renouvelé ou être expulsé...

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With violence on one side, and fear on the other, everything is in place for a permanent system of intensive agricultural production. “Racism plays an integral role in this scheme,” explains Jean-Pierre Berlan : “It is necessary to break up the labour market, and racism is one of the methods.” So residence permit-holders live alongside OMIs and illegal immigrants. They have different statuses, but all share the same fears : of being laid off, of not having their contract renewed, and of being thrown out of the country.

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Depuis quelque mois cependant, ces forçats invisibles commencent à sortir de l’ombre. Soutenus dans les Bouches-du-Rhône par un « collectif pour la défense des travailleurs agricoles sous contrat OMI (12) », ils se sont résolus à dénoncer les pratiques illégales dont ils sont victimes. Des procédures devant les prud’hommes sont intervenues, visant des ruptures anticipées de contrats, des fausses déclarations ou le non-paiement des salaires dus. Plusieurs ouvriers de Saint-Martin-de-Crau viennent ainsi d’obtenir des dommages et intérêts. Des plaintes ont également été déposées devant le procureur de la République.

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In recent months, these slaves have begun to come out of the shadows. Supported in the Bouches-du-Rhône by a “collective for the defence of agricultural workers on OMI contracts”, they have resolved to denounce the illegal practices of which they are the victims. Actions have been brought before industrial tribunals, dealing with early annulment of contracts, false declarations, and non-payment of salaries. Workers from Saint-Martin-de-Crau have received damages and interest payments this way. Complaints have also been lodged before the public prosecutor.

20.

Une parole fragile, menacée, se fraie difficilement son chemin, charriant des décennies d’humiliation, de peurs et d’injustices.

20.

With difficulty, their fragile, threatened voices are beginning to be heard, telling of decades of humiliation, fear and injustice.

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