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Le "cimetière sans croix" de la frontière sud


Mexico, devourer of migrants

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Le Monde Diplomatique – juillet 2003 – pages 18 et 19

1.

Le Monde diplomatique - July 2003

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SUR L’AUTEL DU LIBRE-ÉCHANGE

2.

THE ROAD LEADS ALWAYS NORTH

3.

Le « cimetière sans croix » de la frontière sud

3.

Mexico, devourer of migrants

4.

Par HERVÉ REVELLI, journaliste

4.

By HERVE REVELLI (Translated by Jeremiah Cullinane)

5.

Ciudad Hidalgo, dans l’Etat du Chiapas. La ville est bâtie sur la rive mexicaine du rio Suchiate, frontière naturelle avec le Guatemala voisin. De Ciudad Hidalgo partent les trains de marchandise qu’empruntent chaque jour des centaines de migrants centraméricains qui tentent, en traversant le Mexique, de gagner clandestinement les Etats-Unis.

5.

CIUDAD Hidalgo, in the state of Chiapas, is on the Mexican bank of the Suchiate river, a natural border with neighbouring Guatemala. Each day, hundreds of Central American migrants leave the town on freight trains, hoping to reach the United States border and cross clandestinely.

6.

Assis à l’ombre d’un wagon, un groupe de jeunes Honduriens guettent le départ du prochain convoi. La nuit précédente, ils ont franchi le fleuve sur l’un des radeaux qui font la navette entre les deux rives. « Vamos pal’ norte (nous allons au Nord) ,explique Dixie, 25 ans. Au Honduras, j’étais soudeur, je passais mes journées à attendre dans la rue, avec des dizaines d’autres artisans, que quelqu’un veuille bien m’embaucher pour quelques heures ou quelques jours, et ne gagnais pas assez pour faire vivre ma famille décemment. » Dans ce pays, 70 % de la population active travaillent dans le secteur de l’économie informelle. « J’ai un frère qui habite à Houston [Texas] ,continue Dixie. Si j’arrive jusque là-bas, il me trouvera du boulot. »

6.

A group of young Hondurans sit in the shadow of the freight cars and watch for the next departure. The previous night, they had crossed the Rio Suchiate on one of the rafts that shuttle back and forth. “Vamos pal’ norte (we’re heading north),” explains Dixie, 25. “In Honduras I was a welder ; I spent my days waiting in the street with dozens of other tradesmen for someone to hire me for a few days or hours, and I didn’t earn enough to support my family properly.” In Honduras 70% of the active population are casual workers. “I’ve got a brother living in Houston,” says Dixie, “so if I make it that far, he’ll find me work.”

7.

Les locomotives mugissent, signal d’un départ prochain. Seuls ou par petits groupes, des hommes, des femmes, des enfants sortent des fourrés, des abris de fortune ou des hôtels miteux où ils ont passé la nuit, se rassemblent autour du train, commencent à escalader les wagons. Des Honduriens en majorité, mais aussi des Guatémaltèques, des Salvadoriens, quelques Nicaraguayens et Sud-Américains.

7.

The engines roar : departure is imminent. Alone or in small groups, men, women and children appear, from makeshift shelters or shabby hotels where they spent the night. They gather around the train and climb inside the carriages : mainly Hondurans, but also Guatemalans, Salvadorians, and a few Nicaraguans and South Americans.

8.

Une tension certaine règne parmi les migrants. Certains ramassent des pierres et des bâtons pour se défendre des bandes criminelles qui s’attaquent aux clandestins. Pour échapper aux fréquents contrôles de l’armée ou de la police, les migrants doivent parfois sauter du train en marche, et les accidents, quelquefois mortels, sont nombreux. « Mais autant mourir ici, en essayant de s’en sortir, plutôt que de crever de faim et de honte chez nous », entend-on souvent.

8.

There is tension. Some pick up sticks and stones to fend off gangs that attack illegals. They often jump from moving trains to avoid frequent police or army checks, and there are many accidents, sometimes fatal. “But it is better to die here trying to make it,” you often hear, “rather than die of hunger and shame back home.”

9.

Dans les années 1980, les guerres qui ont ravagé l’Amérique centrale, attisées par la politique militariste du président Ronald Reagan, ont contraint des centaines de milliers de personnes à chercher refuge au Mexique et aux Etats-Unis. Cinquante mille Salvadoriens résidaient aux Etats-Unis en 1979 ; ils seront plus d’un million dix ans plus tard (pour une population totale de 5 millions d’habitants) et constituent des pôles d’attraction pour les familles et amis demeurés au pays. D’autant que la paix ne tient pas ses promesses, pas plus au Salvador que dans les autres Etats de la région.

9.

In the 1980s, wars ravaging Central America, worsened by President Reagan’s militarist policy, forced hundreds of thousands to seek asylum in Mexico and the US. There were 50,000 Salvadorians living in the US in 1979 ; 10 years later, there were more than a million, from a country with only 5 million people. They are now an attraction to friends and family back home, especially since promises of peace have not been made good in El Salvador or neighbouring countries.

10.

Au tournant du siècle, 78 % des Centraméricains vivent en dessous du seuil de pauvreté ; les ajustements structurels imposés par le Fonds monétaire international ont jeté à la rue des dizaines de milliers de fonctionnaires ; les producteurs nationaux sont sacrifiés sur l’autel du libre-échange ; les guerres ont pris fin, mais la criminalité explose, et les catastrophes naturelles - ouragan Mitch en 1998, tremblement de terre au Salvador en 2001 - s’abattent sur des populations à la limite de la survie.

10.

In 2000, 78% of Central Americans lived below the poverty line. Structural readjustments imposed by the International Monetary Fund forced many civil servants out of work, and local producers were victims of free trade. The wars had ended, but crime was rapidly increasing and natural disasters (Hurricane Mitch in 1998, the El Salvador earthquake of 2001) pounded populations already on the brink.

11.

Chaque année, quatre cent mille émigrants, principalement mexicains et centraméricains, franchissent illégalement la frontière des Etats-Unis. Les hommes ne sont plus seuls à partir. Selon un document du Forum Migrations, les femmes sont de plus en plus nombreuses à tenter l’aventure, les mineurs constituent quelque 20 % du contingent. La migration provisoire tend à devenir permanente. D’autant que la dégradation des conditions de vie n’est pas le seul facteur qui contribue à cette évolution. En rendant plus difficiles les allers-retours entre les Etats-Unis et le pays d’origine, le durcissement des politiques migratoires incite les migrants à se fixer définitivement dans le pays d’accueil.

11.

Each year 400,000 emigrants, mainly Mexican and Central American, cross the US border illegally. It is not only men who leave. According to a Migrations Forum paper, women attempt to make the journey too, and a fifth of them are underage. Temporary migration tends to become permanent, and not just because of worsening standards of living : stricter migration policy also makes return journeys between the US and the country of origin more difficult.

12.

Stationnés dans l’enceinte de la délégation régionale de l’Institut national des migrations (INM), à Tapachula (Chiapas), une quinzaine de bus s’apprêtent à rapatrier 565 clandestins détenus sur le territoire mexicain. Un jeune Salvadorien pour qui cette expulsion n’est qu’un des contretemps prévisibles du voyage défie les agents de l’INM : « A bientôt », leur lance-t-il... Autant de scènes qui se répètent quotidiennement : 120 315 Centraméricains entrés irrégulièrement au Mexique ont été déportés en 2002. Ils avaient été quelque 600 000 entre 1998 et 2001.

12.

Some 15 buses are parked in the tunnel of the National Immigration Institute (INM) regional bureau in Tapachula (Chiapas), waiting to repatriate 565 illegal aliens held in Mexico. A young Salvadorian, for whom the expulsion is no more than a predictable setback, challenges the INM officials with “See you later”. These scenes are repeated daily. In 2002, 120,315 illegal Central Americans were deported from Mexico. Between 1998 and 2001 there were 600,000.

13.

Dès février 2001, à peine investi dans ses fonctions, le président Vicente Fox a reçu M. George W. Bush et abordé avec lui la question, cruciale pour les Mexicains, des accords migratoires entre les deux pays. Dans une conférence de presse donnée en avril à l’occasion d’une rencontre entre des représentants mexicains et le secrétaire d’Etat américain Colin Powell, M. Santiago Creel, porte-parole du gouvernement mexicain, déclarait assez cyniquement : « En échange de plus de facilités pour les Mexicains travaillant aux Etats-Unis, notre gouvernement est prêt à accroître les moyens visant à arrêter les étrangers qui traversent le pays à destination des Etats-Unis. »

13.

As soon as he was sworn in as president of Mexico in February 2001, Vicente Fox played host to US President George Bush and brought up the crucial matter of migratory agreements between the countries. That April, during meetings between Mexican officials and the US Secretary of State, Colin Powell, the Mexican government spokesman, Santiago Creel, told the press : “In exchange for greater facilities for Mexicans working in the US, our government is prepared to increase measures aiming to arrest foreigners crossing the country heading for the US.”

14.

Quelques semaines plus tard, il annonçait la mise en oeuvre du plan Sud : « Ce plan, qui n’a pas été rendu public, représente un effort sans précédent pour couper le flux d’immigrants, de drogues et d’armes qui traverse le pays en provenance d’Amérique centrale. » Multiplication des postes de contrôle migratoire, présence militaire et policière accrue dans la région comprise entre l’isthme de Tehuantepec et la frontière sud du Mexique. « Avec le plan Sud, considère M. Juan Manuel Sandoval, de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire de Mexico, le gouvernement mexicain reproduit le modèle de contrôle de la frontière nord par les Etats-Unis. »

14.

A few weeks later he announced the implementation of the Southern Plan : “This plan, which has not been made public, represents an unprecedented effort towards stopping the flow of immigrants, drugs, and arms from Central America across the country” (4). The measures included more migration checkpoints and an increased police and army presence between the neck of land at Tehuantepec and Mexico’s southern border. “With the plan”, said Juan Manuel Sandoval of the National Institute of anthropology and history in Mexico City, “the Mexican government is recreating the US border control model in operation on the northern border.”

15.

Le renforcement des dispositifs de contrôle de l’immigration est en effet une préoccupation constante des hôtes de la Maison Blanche. Le rôle de zone tampon dévolu au Mexique devient d’autant plus déterminant que, depuis 1992, ce pays a signé avec le Canada et les Etats-Unis l’accord de libre-échange nord-américain (Alena). « La frontière entre les deux pays est devenue une frontière interne du nouveau territoire nord-américain, sous hégémonie états-unienne, estime M. Sandoval. En collaborant avec les autorités américaines pour repérer, arrêter et déporter les immigrants centraméricains clandestins, en établissant des mesures de contrôle made in USA dans la région limitrophe entre Mexico et l’Amérique centrale, le Mexique est devenu un pays frontière qui unit et sépare l’Amérique du Nord du reste du continent, avec lequel la zone d’articulation sera le corridor Puebla-Panamá. »

15.

The reinforcement of measures for immigration control is a constant concern for Washington. Mexico’s buffer zone has become more import ant since Mexico signed the North American Free Trade Agreement with Canada and the US in 1994. Sandoval says : “The border between the countries has become an internal frontier in the new North American territory, under US domin ance. By collaborating with US officials to track, arrest and deport illegal Central American immigrants, by establishing US-style measures of control in the border region between Mexico City and Central America, Mexico has become a border country joining and separating North America from the rest of the continent, whose hinge will be the Puebla-Panama corridor.”

16.

Pour M. Juan Manuel Sandoval, la régionalisation des politiques migratoires s’entend, dès lors, comme « le fondement d’un projet d’intégration économique continentale dans lequel les capitaux pourront se déplacer librement, mais pas la force de travail ».

16.

For Sandoval, regionalisation of migratory policy should be considered “the basis for a continental project of economic integration in which capital may flow freely, but not labour”.

17.

En mettant en oeuvre le plan Sud à partir du 1er juillet 2001, les autorités mexicaines se défendent pourtant d’avoir cédé aux pressions de Washington et arguent de la lutte contre les trafics de drogue, d’armes et d’êtres humains. « Nous ne sommes pas là pour criminaliser les migrants, insiste M. Roberto Espinoza, délégué régional de l’INM à Tapachula, nous sommes là pour les protéger, leur faire comprendre les risques qu’ils courent à vouloir traverser clandestinement notre pays. » Mais, objecte Mme Fabienne Venet, présidente de l’association Sin Frontera, « l’implication de l’armée et de la police dans des tâches qui concernent l’immigration contribue à criminaliser celle-ci, favorise la corruption et l’impunité, et génère dans notre société des sentiments xénophobes. Les réseaux de trafic d’êtres humains se renforcent. Les routes empruntées par les migrants sont déviées vers les zones les plus inhospitalières, comme les forêts du Petén guatémaltèque. Femmes et enfants, déjà les plus vulnérables, voient leur situation encore fragilisée ».

17.

Although they implemented the Southern Plan from July 2001, the Mexican authorities deny yielding to US pressure and cite the fight against drug, arms and people trafficking. “We’re not here to criminalise migrants,” says Roberto Espinoza, INM regional head in Tapachula. “We’re here to protect them and to make them understand the risks they run by trying to cross our country illegally.” But Fabienne Venet, president of the association Sin Frontera, objects : “The involvement of the police and the army in tasks concerning immigration contributes to its criminalisation, leads to corruption and impunity, and generates xenophobic feeling in our society. Human trafficking networks grow stronger. Regular migrant trails are rerouted to the most inhospitable regions, such as the Guatemalan Petén forests. Women and children, already vulnerable, are in a dangerous situation.”

18.

Racket, viols, meurtres, migrants mutilés par les roues des trains, asphyxiés dans les remorques de camion ou abandonnés en pleine forêt par des passeurs sans scrupules... En 2002, le consulat du Guatemala à Tapachula a enregistré 76 décès de clandestins guatémaltèques. Mais les chiffres sont rares et lacunaires. « La majorité des victimes demeurent anonymes », estime le Père Flor María, directeur de la Maison de l’émigrant, qui relève : « Dans le lexique des migrants, l’Etat du Chiapas est "la bête" -qui dévore ceux qui s’aventurent sur son territoire -ou "le cimetière sans croix". »

18.

Migrants face racketeering, rape, murder, injury from train wheels, asphyxiation in truck trailers, or abandonment by unscrupulous smugglers (known as coyotes) in the forest. In 2002 the Guatemalan consulate in Tapachula recorded 76 deaths of Guatemalan illegals. But these figures are an underestimate. “Most victims remain anonymous,” says Father Flor María, director of the Emigrant House. “In migrant-speak, the state of Chiapas is the ‘beast’ - which devours those who venture into its territory- or ‘the cemetery without a cross’.”

19.

Pour tenter de répondre aux accusations mettant en cause policiers et militaires dans de multiples cas de corruption et de violation des droits humains des migrants, le gouvernement mexicain a mis en place, depuis 1996, les groupes Beta Sud, une unité d’élite censée offrir protection et assistance aux migrants. Aujourd’hui, les groupes Beta jouissent toujours parmi la population centraméricaine en transit d’une image positive ; mais M. Emilio Rojas Cervantes, ex-agent des groupes Beta Sud, déplore la dérive de cette unité, contaminée par la corruption. Une corruption à laquelle il est difficile de résister, comme en témoigne l’assassinat, en 1999, par un de ses subordonnés, de José Angel Martinez Rodriguez, le chef réputé incorruptible du groupe Beta de l’Etat du Tabasco.

19.

In 1996, in response to accusations implicating police officers and soldiers in many cases of corruption and human rights violations involving migrants, the Mexican government set up the Beta Sur Group, a crack unit to offer migrants protection and assistance. Today, Beta groups throughout Mexico have a positive reputation among Central Americans in transit. But Emilio Rojas Cervantes, a former Beta group officer, condemns the unit’s descent into corruption. The corruption is hard to resist. In 1999, José Angel Martinez Rodriguez, the supposedly untouchable Beta group chief in the state of Tabasco, was assassinated by a subordinate.

20.

« De gros intérêts sont en jeu, commente, sous couvert d’anonymat, un fonctionnaire local. L’émigration est un négoce florissant, mais il y a aussi la prostitution, la contrebande, les trafics d’armes et de drogue... Regardez en ville : beaucoup d’argent circule. »

20.

“A lot of interests are at stake,” says a local civil servant, on condition of anonymity. “Immigration is a budding business ; and there is also prostitution, smuggling, arms and drug trafficking. Look around town ; there’s a lot of money changing hands.”

21.

La prospérité de Tapachula et de sa région contraste en effet avec le reste de l’Etat du Chiapas, l’un des plus pauvres du Mexique. Une prospérité due, pour l’essentiel, à sa situation de ville frontalière et de plaque tournante de l’émigration. Dans les innombrables hôtels de la ville, on ne réclame jamais de pièce d’identité aux clients, mais les agences de voyages qui jouxtent souvent la réception proposent toutes des itinéraires directs vers Tijuana ou Nuevo Laredo (sur la frontière américaine). Partout, des cabines téléphoniques permettent d’appeler « gratuitement » - en fait en PCV - aux Etats-Unis.

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Tapachula’s prosperity, and that of the region, stands out from the rest of Chiapas, one of the poorest states. Its wealth comes mainly from its position of border town and immigration hub. The uncountable hotels do not ask for identity papers, and travel agencies, often right next to the reception desks, offer direct routes to Tijuana or Nuevo Laredo on the US border. Phone booths allowing “free” calls to the US - reversed charges - are everywhere.

22.

Les programmes de déportation sont une aubaine pour les compagnies de transport privées, pour la plupart propriétés de caciques locaux. Les migrants guatémaltèques fournissent l’essentiel de la main-d’oeuvre bon marché (ouvriers agricoles, employées de maison, marins pêcheurs), et particuliers ou petits patrons ont pris l’habitude de venir embaucher, en toute informalité, des clandestins (maçons, soudeurs, peintres, mécaniciens) qui font étape à la Maison de l’émigrant. Entre informalité et illégalité, les limites sont floues. Entre les deux rives du rio Suchiate, des centaines de « fourmis » s’adonnent à la contrebande de détail sous le nez des douaniers.

22.

The deportation programmes are a godsend for private transport companies, mainly owned by local caciques. Migrant Guatemalans supply cheap labour (farm workers, domestic employees, fishermen), and small businessmen are in the habit of hiring illegals (masons, welders, painters, mechanics) staying at the Emigrant House. Meanwhile between the banks of the Rio Suchiate hundreds of people smuggle retail under customs officials’ noses. There is a grey area between casual and illegal.

23.

A la gare de Ciudad Hidalgo, téléphone cellulaire à la ceinture, un « coyote » veille sur un groupe de migrants, qu’il héberge et accompagne dans le train pour quelques centaines de pesos. En échange d’une somme plus importante, il peut leur obtenir une place dans la locomotive en graissant la patte aux mécaniciens - le train partira quand ceux-ci auront reçu une quantité d’argent suffisante. Ce passeur, qui bénéficie de la protection d’un employé municipal, admet se livrer à un autre négoce, plus lucratif : il recrute des Centraméricaines pour des hommes d’affaires ou des politiciens mexicains. Une nuit, une semaine ou quelques mois... Une fois leur « service » achevé, les filles peuvent espérer gagner leur billet pour les Etats-Unis.

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At the Ciudad Hidalgo railway station, mobile phone at the ready, a coyote watches the group of migrants he is shepherding to the train for a few hundred pesos. For a little more, he will get them a seat and pay off the drivers : the train only leaves when the drivers have been rewarded enough. This smuggler, who operates under cover of his job as a municipal employee, admits his involvement in a more lucrative trade : he recruits Central American girls for Mexican businessmen or politicians, for a night, a week, or even a few months. The girls hope to work their ticket to the US.

24.

En visite à Tapachula, début 2002, Mme Gabriela Rodriguez Pizzaro, déléguée spéciale des Nations unies, a dénoncé la « corruption générée par l’activité d’organisations criminelles internationales, qui s’adonnent notamment au trafic et à la traite d’êtres humains ». Elle s’inquiète de « l’implication de certains fonctionnaires dans ces pratiques et de l’impunité dont ils jouissent ».

24.

Visiting Tapachula in early 2002, the United Nations Special Rapporteur, Gabriela Rodriguez Pizzaro, condemned the “corruption generated by the activities of international criminal organ isations who devote themselves to human trafficking and slave trading”. She worries about “the involvement in these practices of certain civil servants and the impunity they enjoy”.

25.

C’est qu’en multipliant les obstacles à la traversée du pays le plan Sud fait monter les enchères, pour le plus grand profit d’organisations criminelles disposant d’une logistique sophistiquée et de gros moyens de corruption... sans pour autant décourager les candidats à l’émigration.

25.

By multiplying the obstacles to crossing Mexico, the Southern Plan has raised the stakes, greatly benefiting criminal organisations with sophisticated set-ups that can afford to pay for corruption. But it has not discouraged migrants.

26.

« On ne réglera pas le problème de l’immigration clandestine par la militarisation des frontières, estime M. David Vásquez Méndez, du Centre de défense des droits humains Fray Matias Cordova. Les flux migratoires sont la conséquence des choix économiques imposés à nos pays par les organismes financiers internationaux ; les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est probable qu’avec la création de la zone de libre-échange des Amériques s’amplifiera l’exode des Centraméricains. »

26.

“We will not solve the problem of clandestine immigration by militarising our borders,” says David Vásquez Méndez of the Fray Matias Cordova Centre for the defence of human rights. “Migration flows are the result of economic choices imposed on our countries by international financial organisms ; it is probable that with the creation of the Free Trade Area of the Americas, the exodus of Central Americans will only increase.”

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