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L’espoir meurtri des Palestiniens


Palestinian hopes in tatters

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1.

Les récents événements au Proche-Orient ont, à juste titre, traumatisé Israéliens et Palestiniens, et, au-delà, la communauté internationale. L’opinion non avertie a été choquée par le brutal passage d’une négociation qui se voulait pacifique à une confrontation d’une rare violence sanguinaire ; par l’irruption de l’ignoble "racisme de guerre" —bien que, de nature, superficiel et conjoncturel, selon le sociologue Maxime Rodinson— qui a frappé tout autant les occupants que les colonisés, tout autant les Palestiniens, citoyens de l’État d’Israèl, que les juifs de France ou - autrement - les Américains d’origine arabe.

1.

Understandably, recent events in the Middle East have deeply shocked both Israelis and Palestinians, and, more generally, the international community. People at large have been taken aback by the sudden switch from peace talks to unusual violence and murderous confrontation. A racist war mentality has overwhelmed occupiers and occupied, Israelis and Palestinians, Jews and Muslims.

2.

Choquante encore, l’ébauche de ce qui ressemble à une guerre de religions : le messianisme des colons juifs et de la droite israélienne, qui sert de paravent à leurs ambitions expansionnistes, et la visite provocatrice d’Ariel Sharon à la mosquée d’al-Aqsa à Jérusalem n’ont pas peu contribué à donner à un conflit d’essence nationale une coloration confessionnelle, à la plus grande satisfaction des islamistes de tout poil en Palestine et dans l’ensemble du monde arabe. L’ "union sacrée" s’est ainsi scellée dans les deux camps, au détriment des partisans de la paix, majoritaires, il y a peu, en Israèl et en Palestine.

2.

The beginnings of what looks like a war of religion are equally shocking. The fanaticism of the Jewish settlers and the Israeli right, that serves as a screen for their expansionist aims, and the provocative visit by Ariel Sharon to the Aqsa complex in Jerusalem, all contributed to giving an essentially national conflict a confessional focus. This played into the hands of Islamists of all colours in Palestine and all over the Arab world. The two sides closed ranks —to the detriment of the peace lobby, which not long ago constituted a majority in both Israel and Palestine.

3.

Le retour au statu quo ante paraît désormais exclu. L’accord dit d’Oslo, signé à Washington le 13 septembre 1993, malgré ses mérites initiaux, a abouti à une impasse.

3.

There no longer seems any question of a return to the status quo that prevailed before the start of the troubles. Despite their initial merits, the Oslo accords, signed in Washington on 13 September 1993, led up a blind alley.

4.

Les Israéliens ont pu le constater au cours des négociations qui ont précédé l’explosion dans les territoires occupés ; les Palestiniens, surtout la jeune génération, reprochent à leurs dirigeants de les avoir nourris d’illusions. La "médiation" des États-Unis est unanimement perçue dans l’opinion arabe comme une supercherie. On ne peut, en effet, prétendre jouer à l’ "honnête courtier" tout en étant l’ "allié stratégique" de l’un des deux belligérants. Washington a d’ailleurs admis implicitement son impuissance à rétablir le calme en invitant, au sommet de Charm el-Cheikh des 16 et 17 octobre 2000, les représentants de l’Organisation des nations unies (ONU) et de l’Union européenne. Sans doute pour projeter l’image d’un parrainage équilibré, indispensable dans toute tentative de conciliation, que Washington pourtant rejette obstinément depuis des décennies.

4.

The Israelis realised this during the negotiations that preceded the outbreak of violence in the occupied territories. The Palestinians, particularly the younger generation, blame their leaders for having fed them with illusions. And Arab public opinion is in no doubt that US mediation is a hoax. It is impossible to act as an "honest broker" while remaining the strategic ally of one side. In fact, Washington implicitly admitted that it was powerless to restore calm when it invited the United Nations and the European Union to the Sharm al-Sheikh summit on 16-17 October. The US was obviously hoping to give an image of balanced sponsorship, essential in any attempt at reconciliation, even though it had refused to do this for decades.

5.

S’il est vrai qu’une page du conflit israélo- palestinien est tournée définitivement, les acquis de ces dernières années ne sont pas pour autant perdus. Le postulat de l’échange des territoires contre une paix définitive, établi à la conférence de Madrid en octobre 1991, est toujours admis par les deux parties, même s’il revient au gouvernement de Jérusalem d’abandonner l’interprétation restrictive de ce principe, pourtant conforme à la résolution 242 du Conseil de sécurité. Aurait-il réussi à conclure la paix avec l’Égypte et la Jordanie s’il avait fait de même en refusant de leur restituer intégralement les territoires conquis par Tsahal en 1967 ?

5.

Although a page in the Israeli-Palestinian conflict has been turned, the achievements of recent years are not necessarily lost. Both parties still accept the principle, established at the Madrid conference in October 1991, of exchanging land for lasting peace. But the Israeli government must now abandon its restrictive interprÉtation of this principle, which fully complies with Security Council Resolution 242. Could it have made peace with Egypt and Jordan if it had refused, as it has done with the Palestinians, to return all of the land overrun by the Israeli army in 1967 ?

6.

Autre acquis irréversible : grâce au premier accord d’Oslo, conclu en septembre 1993, Israéliens et Palestiniens ont pris la décision historique d’une reconnaissance réciproque de leurs droits nationaux, en particulier celui de vivre dans leur État souverain respectif, en paix et dans la sécurité. Il avait fallu des décennies pour qu’Israèl lève son double veto, contre toute négociation avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et contre l’établissement d’un État palestinien, quel qu’il soit.

6.

The first Oslo accord brought another irreversible achievement. The Israelis and Palestinians took the historic decision to recognise each other’s national rights and, in particular, the right to live in their respective sovereign states in peace and security. It took decades for Israel to lift its two-pronged veto on negotiation with the Palestine Liberation Organisation (PLO) and the establishment of a Palestinian state in any form.

7.

Son revirement a été imposé par divers facteurs convergents : la résistance obstinée des Palestiniens, dont la première intifada (soulèvement) en 1987-1993 avait marqué l’apogée ; la conviction qu’une pleine normalisation avec le monde arabe passait nécessairement par la solution du problème palestinien ; la prise de conscience du caractère caduque de l’ "option jordanienne" dès lors que la monarchie hachémite renonçait à récupérer la Cisjordanie occupée ; enfin, et surtout, la métamorphose de l’OLP, qui avait reconnu unilatéralement le droit d’Israèl d’exister dans ses frontières de 1967, faisait de la centrale palestinienne un partenaire incontournable.

7.

Various converging factors brought about this change : the Palestinians’ dogged resistance, building up to the first intifada in 1987-93 ; the Israelis’ realisation that a solution to the Palestinian problem was essential to achieving normal relations with the Arab world ; the realisation that the "Jordanian option" was a dead letter when King Hussein made it clear that he had no intention of recovering the West Bank ; and most important, the change in the PLO. By unilaterally recognising Israel’s right to exist inside its 1967 borders, it made itself a partner who could no longer be ignored.

8.

Mieux, Israéliens et Palestiniens, dans leur grande majorité, sont persuadés qu’ils sont condamnés à coexister dans deux États. Les chimères d’un "grand Israèl" ou d’une Palestine arabe réunifiée appartiennent bien à un passé révolu, et ne sont plus que l’apanage de minorités dans les deux camps dont la visibilité s’accroît proportionnellement à la violence des crises.

8.

Better still, the vast majority of Israelis and Palestinians are convinced that they must coexist in two states. The dreams of a "greater Israel" or a reunited Arab Palestine belong to the distant past. Only minority groups, on both sides, still harbour such notions, gaining in visibility each time the violence flares.

9.

Tout naturellement, les vaincus sont plus disposés au compromis que les vainqueurs. Les souffrances des Palestiniens —les défaites militaires, l’exode, l’occupation, leur solitude sur la scène internationale notamment— ainsi que leur instinct de survie les ont conduits progressivement à un réalisme qui n’a pas toujours été apprécié à sa juste valeur. Si l’on devait survoler l’histoire du mouvement national palestinien au cours des trente dernières années, on constaterait les efforts, le plus souvent difficiles et pénibles, entrepris pour ouvrir la voie à une paix de compromis.

9.

Understandably, the conquered are more inclined to compromise than the conquerors. The suffering of the Palestinians —military defeat, exile, occupation, isolation on the international stage— and their survival instinct have gradually brought them round to a form of realism that has not always been fully appreciated. A brief look at the history of the Palestinian national movement over the last 30 years reveals the often difficult and distressing efforts they have made to find a way to peace based on compromise.

10.

Fusil et rameau d’olivier

10.

Gun and olive branch

11.

Dès juin 1974, les dirigeants ont du mal à faire adopter par le XIIe Conseil national de l’OLP une résolution stipulant qu’ "une autorité nationale serait établie sur toute partie libérée de la Palestine" (ce qui devait précisément se réaliser vingt ans plus tard, après la conclusion de l’accord d’Oslo).

11.

As early as June 1974 the movement’s leaders had difficulty persuading the 12th session of the Palestinian National Council (PNC) to adopt a resolution calling for the establishment of a "national authority on every part of Palestinian soil land that is liberated" (which is precisely what happened 20 years later, after the conclusion of the Oslo accords).

12.

Jugée anodine en Israèl, la "petite phrase" avait été interprétée par l’aile radicale de l’OLP comme une tentative de modifier la stratégie du mouvement, laquelle, à l’époque, visait seulement à démanteler l’ "entité sioniste". Les opposants à M. Yasser Arafat avaient vu juste : le Conseil national palestinien devait entériner trois ans plus tard, lors de sa treizième session, l’objectif, cette fois explicite, d’établir un État sur une partie seulement du territoire palestinien. Dès 1974, M. Yasser Arafat proclamait devant l’assemblée générale qu’il poursuivrait son combat en tenant symboliquement d’une main le fusil et, de l’autre, le rameau d’olivier. La formule était peut-être maladroite, mais le message de paix était clair. Les Israéliens, cependant, n’ont retenu que l’image du fusil...

12.

Public opinion in Israel thought this was fairly harmless, but the radical wing of the PLO saw it as an attempt to change the movement’s strategy which, at the time, focused exclusively on dismantling the "Zionist entity". In fact the opposition within the PLO was quite right, for three years later the 13th session of the PNC explicitly endorsed the idea of establishing a state on only part of Palestinian territory. In the meantime, in November 1974, Yasser Arafat, addressing the UN general assembly, had proclaimed that he would continue the fight, symbolically brandishing a gun in one hand and an olive branch in the other. This may have been a little clumsy, but the message of peace was perfectly clear. Unfortunately the Israelis only noticed the gun.

13.

Trois ans plus tard, en 1977, Yasser Arafat charge l’un de ses hommes de confiance, Issam Sartaoui, de se rendre à Paris pour rencontrer des personnalités israéliennes appartenant à la gauche sioniste : le général Matityahou Peled, héros de la guerre de six jours, Arié Eliav, ancien secrétaire général du parti travailliste, Meir Pail, député à la Knesset, M. Uri Avnery, journaliste et futur député, et Jacob Arnon, un haut fonctionnaire du ministère des finances. Henri Curiel, juif égyptien et militant tiers-mondiste, sert d’intermédiaire et de catalyseur. Au cours de réunions qui se sont étalées sur plusieurs mois, Sartaoui plaide en faveur de la réconciliation des deux peuples. Il décrit dans le menu ce que M. Arafat serait prêt à accepter : un mini-État palestinien en Cisjordanie et à Gaza, démilitarisé, et vivant en bonne intelligence avec l’État juif.

13.

Three years later, in 1977, Arafat sent one of his henchmen, Issam Sartawi, to Paris to meet Israeli personalities belonging to the Zionist left : General Matityahu Peled, a hero of the Six-Day war, Arie Eliav, the former secretary-general of the Labour party, Meir Pail, a member of Knesset (MK), Uri Avnery, a journalist and future MK, and Yacov Arnon a high-ranking civil servant at the ministry of finance. Henri Curiel, an Egyptian Jew and third-world-first militant, acted as an intermediary and catalyst. In the course of meetings spread over several months, Sartawi pleaded for reconciliation between the two peoples. He described in detail what Arafat would be prepared to accept —a demilitarised mini- Palestinian state on the West Bank and the Gaza Strip, existing on good terms with the Jewish state.

14.

Stupéfaits par cette proposition inattendue, les Israéliens en rendent compte —sur la demande de Sartaoui— au premier ministre de l’époque, Itzhak Rabin. Celui-ci, rapporte M. Uri Avnery, les reçoit courtoisement, les écoute, impassible, ne pose aucune question, et ne donne aucune suite à la démarche. Pour le futur "héros de la paix", la proposition survenait quinze ans trop tôt. Pour s’être engagé ultérieurement sur la voie du compromis, Itzhak Rabin paya le prix fort. Il tomba sous les balles en 1995, tandis que Henri Curiel et Issam Sartaoui étaient abattus respectivement en 1978 et 1983.

14.

At Sartawi’s request, the amazed Israelis reported this unexpected proposal to the then prime minister, Yitzhak Rabin. According to Avnery, he received them courteously, listened impassively, asked no questions and did not follow up the opening in any way. The offer came 15 years too soon for the future "peace hero". His subsequent search for compromise cost him his life. He was assassinated in 1995, preceded by Curiel and Sartawi, shot down, respectively, in 1978 and 1983.

15.

Une bombe à retardement

15.

Time bomb

16.

Les contacts secrets se multiplient néanmoins dans les années 70 et 80 entre personnalités de l’OLP, dont la plus marquante est Abou Iyad, le principal dirigeant après M. Arafat, et des Israéliens, hommes politiques, parlementaires, intellectuels, qui prennent le risque de violer la loi interdisant, sous peine de prison, de rencontrer des représentants de l’"organisation terroriste". Certains d’entre eux, dont le général Matityahou Peled et M. Avnery, poussent le défi jusqu’à se faire photographier en compagnie du chef de l’OLP dans son quartier général à Tunis. En 1985, MM. Arafat et Abou Iyad demandent discrètement à la France, par le truchement de son ambassadeur à Tunis, de proposer au gouvernement israélien une rencontre avec des représentants de l’OLP, pour rechercher un terrain d’entente. M. Shimon Pérès, qui préside alors un gouvernement d’union nationale, repousse l’offre sans autre forme de procès. Pourtant, l’offensive dévastatrice du général Ariel Sharon au Liban, trois ans auparavant, n’avait pas abouti, comme il en était question, à l’annihilation de la centrale palestinienne.

16.

The secret contacts nevertheless became more frequent in 1970s and 1980s. PLO personalities - of whom the most outstanding was Abu Iyyad, Arafat’s second-in-command -met Israelis - politicians, MKs and academics —who took the risk of breaking the law against meetings with representatives of the "terrorist organisation". Some of them, notably Peled and Avnery, even posed for photographs beside Arafat at his headquarters in Tunis. In 1985 Arafat and Abu Iyyad discreetly asked France, by way of its ambassador in Tunis, to suggest a meeting between PLO representatives and the Israeli government, in order to find the basis of an agreement. Shimon Peres, at the head of a government of national unity, dismissed the offer out of hand. He disregarded the fact that General Sharon’s devastating incursion into Lebanon three years earlier had failed in its avowed aim of destroying the PLO.

17.

L’argument avancé par les responsables israéliens était immuable : il n’était pas question de transiger avec une organisation qui n’avait pas adhéré à la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies, que les Palestiniens récusaient puisqu’elle ne concernait que les États arabes belligérants. Le texte de la résolution stipulait, entre autres, le droit de l’État hébreu de "vivre en paix à l’intérieur de frontières sûres et reconnues", mais aussi "le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit" (celui de juin 1967). Nahum Goldmann, l’un des fondateurs du Congrès sioniste mondial, confiait en privé son étonnement que la centrale palestinienne soit écartée d’office de la brève conférence de paix qui s’était tenue à Genève en 1973, puis des assises de Camp David en 1978, parce qu’elle ne s’était pas ralliée à la résolution 242. La seule présence des représentants de l’OLP à ces assises, soutenait le leader juif, équivalait à une reconnaissance de facto de l’État d’Israèl, qui se transformerait en une reconnaissance de jure.

17.

Israeli leaders stuck to the same argument. There was no question of dealing with an organisation that had not approved UN security council resolution 242, which the Palestinians rejected because it only concerned belligerent Arab states. Amongst other things, the resolution upheld Israel’s right to "live in peace within secure and recognised boundaries" but also demanded "withdrawal of Israeli armed forces from territories occupied in the recent conflict" (the war in June 1967). Nahum Goldmann, one of the founders of the World Jewish Congress, once privately expressed his surprise that the PLO had been barred from the short peace conference in Geneva in 1973, and then from the Camp David discussions in 1978, just because it had not endorsed resolution 242. Goldmann maintained that if PLO representatives had been able to attend, their presence would have amounted to de facto recognition of the state of Israel, which could then have turned into de jure recognition.

18.

Rétrospectivement, il se confirme que la question de la reconnaissance d’Israèl n’était qu’un prétexte. C’est plutôt la perspective de la restitution de la Cisjordanie et de Gaza aux Palestiniens qui incitait les dirigeants de Jérusalem à ne pas donner suite aux avances de l’OLP. En effet, l’attitude du gouvernement hébreu ne changea pas d’un iota malgré l’adhésion solennelle de l’OLP à la résolution 242 —lors de son XIXe Conseil national, tenu à Alger en novembre 1988— et sa ferme condamnation du terrorisme.

18.

Retrospectively, it is clear that the issue of the recognition of Israel was an excuse. Rather, it was the prospect of having to hand back the West Bank and Gaza to the Palestinians that discouraged Israeli leaders from responding to the PLO’s advances. Indeed, the attitude of the Israeli government did not change at all when the PLO solemnly endorsed resolution 242, and firmly condemned terrorism, at the 19th session of the PNC in Algiers in November 1988.

19.

Ce n’est que cinq ans plus tard que Itzhak Rabin se laisse convaincre, à son corps défendant, de signer l’accord d’Oslo. Les risques qu’il prend sont minimes : l’accord ne prévoit aucun engagement d’Israèl sur les questions clés du contentieux : les frontières de la future entité palestinienne (il n’est pas encore question d’un État), l’avenir des colonies juives de peuplement, le sort des réfugiés palestiniens, la répartition des ressources hydrauliques, le statut de Jérusalem. L’accord d’Oslo n’est qu’un cadre vide que les protagonistes se promettent de combler progressivement par de futurs arrangements intérimaires. En échange de quoi Itzhak Rabin obtient la fin de l’intifada, qu’il n’avait pu étouffer cinq ans durant, malgré la férocité de la répression et les pertes infligées aux insurgés : quelque 1 500 tués, des dizaines de milliers de blessés, des milliers d’arrestations. Les promoteurs du soulèvement déposent leurs pierres. Ils ne demandaient rien d’autre que l’établissement d’un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza auquel l’accord d’Oslo, pensaient-ils, ouvrait la voie.

19.

Only five years later did Rabin reluctantly sign the Oslo accord. The risk involved was minute. Israel made no commitments on the key issues : the borders of the future Palestinian entity (there was not yet any question of a state), the future of Jewish settlements and the Palestinian refugees, the distribution of water resources and the status of Jerusalem. The Oslo accords were an empty framework that the protagonists undertook to fill in gradually with subsequent interim arrangements. In exchange, Rabin obtained the end of five years’ intifada, which Israel had failed to quell despite ferocious repression and severe losses inflicted on the insurgents - 1,500 killed, tens of thousands wounded and thousands of arrests. The people behind the uprising set aside their stones. They asked for no more than the establishment of a Palestinian state in the West Bank and Gaza, and they thought the Oslo process opened the way to just that.

20.

Quant à M. Yasser Arafat, il prenait un pari risqué. Certes, il obtenait la reconnaissance formelle de l’OLP en tant que représentant du peuple palestinien, et implicitement des aspirations nationales qu’elle incarnait, le retour des fedayin sur leur terre natale, ainsi que l’autonomie limitée sur certaines parties du territoire. Certes encore, il ne détenait aucune garantie d’atteindre ses objectifs à l’issue d’une période transitoire de cinq ans, mais il avait obtenu l’assurance que tout était négociable, y compris le statut de Jérusalem, ce qui était auparavant strictement exclu. Il misait donc sur une bonne volonté réciproque, sur des mesures propres à dissiper la méfiance entre les deux peuples antagonistes, sur la "décrispation" des Israéliens. On lui reprocha, les uns son "angélisme", les autres sa "trahison", mais avait-il le choix alors que, exilée à Tunis, mise en quarantaine par le monde arabe et privée de ressources financières par les pays pétroliers pour avoir soutenu Saddam Hussein lors de la crise du golfe, boudée encore par les États-Unis et la plupart des puissances occidentales, l’OLP était à bout de souffle ?

20.

For Arafat, it was a risky bet. Admittedly, he obtained formal recognition of the PLO as the representative of the Palestinian people and, implicitly, the national aspirations it embodied - the return of the fedayeen to their birthplace and limited self-government in certain parts of the territory. He had no guarantee that he would achieve his aims at the end of the five-year transition period. But he had the assurance that everything was open to negotiation, including the status of Jerusalem, which had previously been categorically ruled out. He was counting on reciprocal goodwill, on measures designed to dispel mistrust between two antagonistic peoples, and on the Israelis unbending. Some have criticised him for being naive, others for betraying the Palestinian cause, but did he really have a choice ? Exiled in Tunis, isolated from the rest of the Arab world, Arafat had lost the financial backing of the Gulf states on account of his support for Saddam Hussein in the Gulf crisis. He was also shunned by the US and most European powers. It looked very much like the end of the road for the PLO.

21.

Force est de constater, sept ans après Oslo, que M. Yasser Arafat a perdu son pari. Il a multiplié les gestes de bonne volonté, courtisant les médias israéliens et les organisations juives américaines, allant s’incliner à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah, supprimant dans la Charte de l’OLP des articles vouant l’État sioniste à la disparition, instaurant une étroite coopération entre services de sécurité palestiniens et israéliens, internant sans jugement, pêle-mêle, terroristes en puissance et opposants au processus d’Oslo, livrant à l’occasion des suspects à la police de l’État hébreu. Il se contente de protestations platoniques quand Israèl poursuit et intensifie la construction et l’extension des colonies de peuplement en "Judée et Samarie", sur le territoire qui devrait normalement revenir aux Palestiniens ; il s’indigne encore quand Tsahal ne respecte pas les échéances de son redéploiement, quand le gouvernement de Jérusalem passe outre à son engagement de libérer des milliers de détenus et traîne les pieds pour conclure un traité de paix, humiliant ainsi le chef de l’Autorité palestinienne, contraint d’ajourner à deux reprises la proclamation d’un État, pourtant mille fois promise.

21.

Seven years after Oslo, Arafat has clearly lost his bet. He has made any number of goodwill gestures, courting the Israeli media and Jewish American organisations and dutifully visiting Yad Vashem, the memorial to the holocaust. He has removed the various articles in the PLO charter that called for the abolition of Israel. He has agreed to close cooperation between the Palestinian and Israeli security forces, interned without trial both active terrorists and opponents of the Oslo process, and even handed suspects over to the Israeli police. Despite Israel continuing, indeed intensifying, the construction and extension of settlements in the West Bank, on land which should be handed back to the Palestinians, Arafat has only protested mildly. When the army failed to comply with its undertakings on redeployment, and the government failed to honour its commitment to release thousands of prisoners and dragged its feet on concluding a peace treaty, it humiliated Arafat, forcing him twice to postpone his much promised proclamation of statehood.

22.

Quitte à se faire dénoncer par des opposants comme "Pétain palestinien", M. Arafat s’obstine à poursuivre les négociations. A l’issue de la réunion de Camp David, en juillet dernier, il aurait pu se targuer de quelques concessions appréciables (davantage de forme que de fond) que lui consent M. Ehoud Barak. Mais ce dernier s’aventure sur un terrain miné lorsque, sur la question de Jérusalem, il revendique l’exclusive souveraineté d’Israèl sur les lieux saints, en particulier la mosquée d’al-Aqsa, en faisant valoir que celle-ci a été édifiée sur les vestiges du Temple de Salomon, hypothèse pourtant contestée par des archéologues israéliens.

22.

But despite all this —and the accusations of his own people— Arafat persisted with the negotiations. At the end of the Camp David meeting in July, he might have been able to boast of several substantial concessions by Ehud Barak (even if on matters of form rather than content). But Barak trod on a minefield when, on the issue of Jerusalem, he claimed exclusive Israeli sovereignty over the Muslim holy places, in particular the Aqsa Mosque precinct, which Jews believe to be built on the ruins of the Temple of Solomon.

23.

Au total, M. Arafat quitte Camp David porteur d’une bombe à retardement que M. Ehoud Barak se chargera de faire exploser. Malgré les avertissements répétés de ses services de sécurité, qui, dès le début de cette année, prévoyaient la deuxième intifada, le premier ministre israélien fournit le détonateur en autorisant M. Ariel Sharon, accusé de multiples tueries de Palestiniens —perpétrées au fil des décennies, ou "couvertes", comme à Sabra et Chatila—, à se faire photographier sur le site de la mosquée d’al-Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam, après La Mecque et Médine.

23.

All in all, Arafat left Camp David carrying a time bomb that Barak then triggered. Despite repeated warnings by the security forces, who had been predicting a second intifada since the beginning of the year, Barak lit the fuse when he allowed Sharon —responsible for many Palestinian deaths over the years, particularly at Sabra and Chatila— to have his photograph taken on the site of al-Aqsa, Islam’s third most holy place after Mecca and Medina.

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